Un monde de journalistes

Éric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie numérique à France Télévisions, a été ce 29 novembre le premier invité des troisièmes entretiens du webjournalisme à Metz, axé cette année sur l’innovation. Il fait état d’un constat saisissant : « Tout le monde devient un média aujourd’hui. »

Éric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie numérique à France Télévisions à Metz // Webullition

Éric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie numérique à France Télévisions. // Webullition

Sa position est simple : les journalistes doivent accepter les changements de la profession et suivre les tendances de la société dans la fabrication et la diffusion de l’information. La crise de la presse n’est pas un scoop. Néanmoins, Éric Scherer met en avant un argument de taille : « Les journalistes n’ont plus le monopole de l’information. » Twitter, Facebook, qui ne connait pas ces réseaux sociaux ? Mieux encore : qui ne les utilise pas pour s’informer ? Derrière les comptes de ces réseaux sociaux ne se cachent pas que des journalistes. Le public lui-même devient un média et tente de « court-circuiter » le médiateur. Autrement dit, les twittos sont en mesure d’accomplir la mission du journaliste. Pour Eric Scherer, « Twitter est une agence de presse mondiale et gratuite. C’est là où aujourd’hui, les breaking news sortent. » Plus de 500 millions d’utilisateurs s’informent de l’actualité mondiale. De quoi concurrencer les médias, y compris les vraies agences de presse. Barack Obama s’adresse beaucoup aux Américains via le réseau social. Le 6 novembre dernier, il leur a même annoncé en exclusivité qu’il était leur Président pour quatre années supplémentaires. Désormais, la sphère politique et économique s’est aussi appropriée ces outils numériques.
Changement d’informateurs
« On se dirige vers une société de plus en plus immergée dans l’information », assure le directeur de la prospective de France Télévisions. Ça devrait être une bonne nouvelle pour les journalistes. Mais le problème, c’est que les gens ne s’informent plus comme avant, les informateurs ainsi que les supports changent : « La tablette va devenir le premier écran. Devant les ordinateurs et même devant la télévision chez les jeunes. » Beaucoup de journalistes traditionnels sont réticents : « Le fait que les gens s’informent différemment n’est pas forcément pris en compte par notre métier », se désole Jean-Michel de Marchi, rédacteur en chef adjoint de Satellinet. Les journalistes refusent que d’autres puissent être capables de couvrir, commenter et analyser les actualités. « On est face  à une génération qui n’est plus la même. Aucune rédaction n’a les moyens de concurrencer les millions de portables qui sont dans la nature », répond Éric Scherer. Le journalisme citoyen se propage à grande vitesse. Il permet une couverture plus dense de l’actualité mondiale mais cause aussi le déclin d’une profession.

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