Le Forum économique de Davos, qu’est-ce que c’est ?

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du Forum économique de Davos sans savoir réellement de quoi il s’agit. Alors n’attendez plus, lisez cette synthèse concoctée par Adeline Vary et Pijiste.

Le "WEF" a lieu chaque année, fin janvier, à Davos et réunit les plus grands dirigeants du monde.


I- Présentation du Forum

1) Historique

L’idée de créer un Forum économique mondial est née en 1971. Klaus Schwab, professeur d’économie en Suisse, en est l’investigateur. Cette année là, il invite 444 dirigeants d’entreprises d’Europe occidentale à participer au premier « European Management Symposium » organisé dans le centre de congrès de Davos. Klaus Schwab entend familiariser les entreprises européennes avec les pratiques de management en vigueur aux États-Unis. Il crée ensuite le « European Management Forum » sous la forme d’une organisation à but non lucratif à Genève et invite des dirigeants d’entreprises européennes à Davos. Il est rebaptisé « World Economic Forum » en 1987. Son objectif est d’élargir encore son rayonnement et de résoudre les conflits internationaux.

Klaus Schwab en est l'investigateur (1971). Photo : D.R. // 2008

2) Organisation de l’événement

Le financement du Forum est assuré par les 1 000 entreprises membres. Le profil type de l’entreprise membre est une multinationale réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 3,7 milliards d’euros. Par ailleurs, ces entreprises se classent parmi les plus dynamiques dans leur pays.
Depuis 2005, les entreprises membres versent des droits d’adhésion annuels de 34 000 €, ainsi que des droits de 14 500 €, un montant qui couvre la participation de leur PDG à la réunion annuelle de Davos. Le « WEF », comme on le surnomme, a lieu à la fin janvier et dure environ cinq jours. La Réunion annuelle a lieu chaque année à Davos. Cet événement est organisé dans la célèbre station de sport d’hiver des Alpes suisses.

3) Qui est concerné ?

La participation à la Réunion annuelle est uniquement sur invitation. Environ 2 200 personnes participent à cet événement et assistent aux 220 sessions inscrites au programme officiel. Les sujets abordés : les conflits internationaux, la pauvreté et les problèmes environnementaux et des différentes solutions possibles. On ne traite donc pas uniquement des aspects économiques.
Le Forum réunit des PDG, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes.
En 2008, on comptait 250 personnalités (chefs d’État ou de gouvernement, ministres) présentes à Davos.
Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, le publicitaire français Maurice Lévy et aussi quelques personnalités politiques telles que la Présidente du FMI, Christine Lagarde ou l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan font parties de l’instance dirigeante du Forum.
L’importance du « WEF » est parfois négligée par certains chefs d’État. Cette année, on a noté l’absence « des plus grands » comme le président américain Barack Obama ou encore de Hu Jintao en raison du nouvel an chinois. Du côté européen, Angela Merkel tient la vedette. Nicolas Sarkozy n’y a pas assisté (sans doute en préparation pour la présidentielle). Les indignés de Wall Street étaient présents. Les dirigeants marocains et tunisiens sont venus en nombre. Davos était l’occasion pour eux de rassurer les investisseurs.

II- Un rendez-vous économique utile ?
1) Résultats du forum : à quoi sert-il ?

Le Forum économique mondial ne débouche pas nécessairement sur des mesures concrètes, sur la signature de traités par exemple. C’est surtout une occasion de rencontre entre dirigeants, entrepreneurs et ONG du monde entier.
Philippe Moreau Desfarges, chercheur à l’Ifri (Institut français des relations internationales) donne son avis : « Le Forum de Davos n’est pas un lieu de décision. Ça reste d’abord un lieu de rencontres et d’échanges qui permet de mesurer le climat de la planète. C’est un excellent thermomètre des grands enjeux économiques du monde. » Il ajoute : « Le Forum économique de Davos est l’occasion de se montrer. C’est une vitrine prestigieuse. »
Le Forum ne se réduit pas à la rencontre annuelle et médiatique de janvier. Tout au long de l’année, des réunions régionales sont organisées. Elles ont lieu dans les quatre coins du monde : Afrique, Asie du Sud-Est, Amérique latine et Proche-Orient. Elles préparent ainsi la grande Réunion annuelle.
A la fin du XXème siècle, les États voient dans le Forum un moyen de mettre un terme à leurs différends. Ainsi :
En 1988, la Grèce et la Turquie signent la « Déclaration de Davos », éloignant alors le spectre d’une guerre qui semblait imminente.
En 1994, le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres et le chef de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) Yasser Arafat concluent un projet d’accord sur Gaza et Jericho.

2) Porto Alegre : l’égal du forum de Davos ?

De multiples critiques émanent des altermondialistes contre Davos. Ce serait le rendez-vous des élites, un endroit hermétique. Pour contrer Davos, le Forum social mondial a été créé en 2001 à Porto Alegre (Brésil). En quoi cette rencontre diffère-t-elle de celle de Davos ?

Le Forum social mondial s'estime "plus ouvert".

Les organisateurs ont voulu dès le début faire du Forum social mondial, un « espace beaucoup plus ouvert » qui favorise les échanges. Aucune directive n’est donnée aux organisateurs. Il n’y a pas de hiérarchie. Des activités auto-organisées sont proposées au public : il est mêlé aux discussions sur l’état du monde actuel. C’est un réel rendez-vous citoyen. Le Forum a été imaginé par des associations telles que Attac, et d’autres, brésiliennes en grande partie.

3) Médiatisation et critiques

Le Forum de janvier est la réunion la plus médiatisée de l’organisation (différence avec ceux organisés tout au long de l’année). Près de 500 journalistes – tout support – participent à la Réunion annuelle. Les médias ont accès à toutes les sessions inscrites au programme officiel, dont certaines sont également diffusées en direct sur le Web.
Parmi les critiques récurrentes, on trouve celle de la légitimité du Forum. Comme le G20, le « WEF » n’est pas une instance élue ; ils représentent non pas les intérêts de la population mondiale mais seulement des très grandes entreprises, banques et des États les plus riches. Le G20 et le « WEF » s’arrogent en quelque sorte le droit de prendre des décisions majeures sur les orientations économiques du monde. C’est un « club planétaire de décideurs ».
Samuel Huntington (connu pour son choc des civilisations) décrit les participants à la réunion annuelle comme appartenant à l’espèce de « l’homme de Davos », en référence à une élite mondiale dont les membres se projettent dans une dimension purement globale : un individu sans âme, technocratique, détaché des réalités. Par ailleurs, les médias suisses critiquent le coût exorbitant des mesures de sécurité de cette rencontre. Ce coût est supporté par le Forum, les autorités cantonales et la Confédération.

Le Forum économique mondial est-il en mesure d’influencer l’orientation économique actuelle ?
Oui, car ce Forum permet la rencontre de décideurs économiques et politiques du monde entier. Ce qui est très important dans un contexte de mondialisation. Ces deux dernières années, la crise était au cœur des débats à Davos. On voit ainsi que les membres du Forum se préoccupent des problèmes économiques actuels.
Non, car ce Forum est réservé à une élite d’entrepreneurs. Le coût d’adhésion étant très élevé, la participation limitée, l’accès y est donc restreint. Par ailleurs, le Forum n’est pas dirigé par une instance élue démocratiquement (les citoyens ne participent pas à l’élection des cadres). De plus, aucun engagement contraignant n’est pris à Davos.

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