La recette d’un reportage

Jacques Cotta, journaliste à France 2,est venu au Collège international de Cannes expliquer la construction
d’un documentaire.

Deux étudiants ont interviewé Jacques Cotta, vendredi dernier au Collège international de Cannes.

Qui de mieux qu’un reporter aguerri de France 2 pour expliquer comment effectuer un reportage à de jeunes étudiants en journalisme ? Jacques Cotta, 59 ans, a bientôt trente années de terrain derrière lui. Sa carrière de journaliste commence assez tardivement (à 33 ans précisément). Il est entré sur le marché du travail en tant que professeur de maths. Mais le quotidien et les sonneries à répétition l’ont usé. Le professeur Cotta désirait plus de péripéties dans sa vie. Il intègre la chaîne publique en 1989. Aujourd’hui, la caméra et le montage d’un documentaire n’ont plus de secret pour lui.

Vendredi, 14 h. Ponctuel, l’invité du jour se présente dans le théâtre où a lieu la conférence. Il prend place face aux deux étudiants, prêts à l’interviewer. La salle devient silencieuse, le public écoute attentivement.

Des conseils bons à prendre

La conférence a démarré depuis une demi-heure. Les présentations sont faites, le sujet sérieux commence : « Monsieur Cotta, pouvez-vous nous dire comment vous réalisez vos reportages ? », questionnent les présentateurs. L’homme sourit et déclare : « Déjà, il faut que vous fassiez un long travail de recherche en amont. Ne partez jamais à l’aveuglette ! Ensuite, on réfléchit sur le traitement des images. On tri et sélectionne les plus percutantes : celles qui donnent le plus d’informations », recommande le journaliste. Les étudiants prennent note. Jacques Cotta poursuit : « Le mieux, c’est d’avoir le principal intéressé. S’il ne veut pas témoigner, vous devez expliquez pourquoi dans votre reportage. S’il accepte, ne vous laissez pas manipuler. Gardez le cap ! »

Jacques Cotta a donné beaucoup de conseils aux étudiants.

Facteur chance

En temps normal, c’est l’employeur qui donne du travail aux employés. Dans le journalisme, c’est l’inverse. Ce sont les reporters qui doivent proposer leurs idées au rédacteur en chef. « Il faut avoir du flair, sentir les choses arriver. Et puis certains sont plus chanceux que d’autres : ils sont au bon endroit au bon moment », avoue le reporter. C’est comme pour les équipes : « Parfois on est deux, d’autres cinq. Ça dépend des endroits. Pour faire la sortie de l’Élysée, il vaut mieux être beaucoup afin d’avoir de bonnes images. Pour filmer Bagdad en pleine guerre, il vaut mieux être deux pour avoir plus de chances d’en sortir indemnes. »

Le public a ensuite posé ses propres questions : un étudiant a évoqué la manipulation. Réponse furtive de l’intervenant : « Quand je fais un reportage, je donne ma vision des choses sur le sujet. Ça ne veut absolument pas dire que je manipule le public. » « Vous n’avez peut-être pas le même point de vue, mais l’objectivité n’existe pas », rétorque Jacques Cotta avec pugnacité.

Neutralité et journalisme, c’est peut-être l’équation la plus difficile à réaliser… Même pour un ancien prof de maths !

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