France Soir : un mythe qui s’effondre

L’histoire du journalisme pourrait peut-être se résumer à celle de France Soir. Ce quotidien généraliste vit très mal la crise économique et la perte vertigineuse de son lectorat, tout comme les autres « canards » nationaux.

Le quotidien national France Soir a connu le meilleur comme le pire.

Le cas de France Soir est particulièrement saisissant. Le titre a connu le meilleur comme le pire. Créé en 1944, le journal publie déjà 265 000 exemplaires par jour. Le quotidien connaît un grand succès et devient dès le début des années 1950, le premier journal français. La montée en puissance du titre s’appuie aussi sur un prix attractif et une politique rédactionnelle efficace : manchettes percutantes, photos vivantes, scoops en rafale, nombreux faits divers, reportages de guerre. France Soir possède également des « as du reportage ». Au sommet de sa gloire, le journal fait travailler 400 journalistes. A la fin des années 1950, c’est près d’1,5 millions d’exemplaires qui sont imprimés chaque jour. France Soir devient une référence dans le paysage médiatique français.

Fin de l’âge d’or

Dans les années 1960, les ventes commencent à décliner mais restent élevées. Le journal parvient à pulvériser les ventes en novembre 1970, avec plus de 2,2 millions d’exemplaires lors de la mort du général De Gaulle. La mort de son patron Pierre Lazareff en 1972 marque la fin d’une période de prospérité. A l’époque, le journal souffre déjà de la concurrence avec la radio et la télévision. Une diffusion qui descend jusqu’à 400 000 exemplaires par jour en 1983. Malgré un passage au format tabloïd en 1998 et une réduction de son prix, France Soir ne parvient pas à relancer les ventes. Aujourd’hui, le quotidien est clairement en déficit. De nombreuses tentatives de relance ont été réalisées, mais aucune d’entre elles n’a fonctionné à long terme. Pas même celle du milliardaire russe, Alexandre Pougatchev qui a racheté le titre en 2009 et injecté près de 100 millions d’euros. Le pari de rehausser les ventes n’a marché que quelques mois. Le tirage actuel de France Soir varie entre 20 000 et 60 000 exemplaires. En 2010, le quotidien a réalisé un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros, essuyant une perte d’exploitation de 31 millions. Impossible de subsister, donc.

Dernière alternative ?

Le jeune directeur du journal, Alexandre Pougatchev (23 ans), se déclare « prêt à céder le journal pour un euro symbolique ». En octobre, la direction envisage d’abandonner sa version papier pour tenter de survivre sur le Web. Si France-Soir passait au « 100 % Web », il serait le premier quotidien national en France à quitter le support papier. Côté effectif, le journal devrait se séparer de 89 journalistes sur 127. Vendredi à l’aube, des milliers d’exemplaires du journal ont été répandus place de la Madeleine à Paris devant la boutique de l’épicier de luxe Hédiard, propriété de la famille Pougatchev, qui souhaite mettre fin à la diffusion papier du journal le 15 décembre. L’opération a été revendiquée par « Les Robins des Bois de l’Information », collectif de salariés de France Soir et de la presse. « Nous voulons tirer la sonnette d’alarme, à 13 jours d’une échéance grave, la mort de France Soir », révèle un des représentants de l’opération.
D’autres titres nationaux pourraient bien connaître le même sort. Tous enregistrent une baisse de leur lectorat, plus ou moins sensible. Et il devient de plus en plus difficile de rivaliser avec les autres médias (radio et télévision). Ces derniers sont plus réactifs que la presse écrite. Les sites internet des journaux ont été conçus pour remédier à cette concurrence. Les flux RSS permettent d’informer leurs lecteurs instantanément. Mais le milieu du Web reste précaire. La publicité rapporte peu sur la toile. Il sera compliqué pour les entreprises de presse de trouver un équilibre financier. Mais ils feront, à coup sûr, des économies de papier…

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